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lundi 27 octobre 2014

Transparence (regard poétique sur la presse)



Assis en terrasse d'un café, le vent et le soleil jouent avec les pages immenses de mon journal.
Le Monde ou Libération.
J'aime l'objet journal, comme une œuvre d'art (à quelques euros, ou jonchant sur le trottoir...) , aux sens multiples, où tous les moyens mis en action invitent à lire le monde.
L'objectif de chaque journal est de rendre compte de l'état du monde au jour le jour. Mission impossible mais tentée quotidiennement avec l’âpreté du combattant. La somme d'informations contenues dans chaque page est pharamineuse (papier, odeurs, typographie, trame, photographies, cartographie, schéma, etc.). Les mises en pages rigoureuses tentent d'ordonner ce charivari informatif.
Le chahut du vent et du soleil révèlent des transparences, comme un pied de nez à la volonté de sortir du chaos de l'actualité.
Le voisinage de surface des informations crée naturellement des collisions : le sens manifeste est ainsi toujours parasité, enrichi, malgré les bornes physiques des maquettes.
Les transparences ajoutent à la confusion et donnent du sens. Le voisinage est aussi dans l'épaisseur du papier journal. Transparence et superposition.
Je reproduis dans l'atelier le jeu du soleil avec le papier. Je plaque les feuilles sur une table lumineuse, appareil numérique vissé à l'orbite. Quelques ajustements (corrections d'exposition, lumière, contraste) se sont imposés parfois.



P.-S. : merci aux employés – sans distinction de fonction – de Libération et du Monde pour la qualité de leur travail, pour les qualités de cette matière première...










vendredi 17 octobre 2014

Notes éparpillées

Madame B. était belle ce matin avec ses 2 bouquets de fleurs HYPERBOLIQUES serrés contre son petit vieux corps.

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Mon petit corps à moi est une centrale électrique qui ne s'inscrit dans aucun développement durable.

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Autour de ses orbites des plis de peau – n'est plus élastique – irisés comme un anus qui chercherait à évacuer une sphère de glaire aux reflets de pierres.

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Dans tes yeux toutes les odeurs de l'humus forestier, en un seul regard.

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DIGEORGES

Nous vivions avec un ennui de même intensité & devînmes bons camarades le temps d'un court séjour dans les volcans d'Auvergne.
Digeorges avait un prénom arabe qu'il trouvait trop compliqué, comme l’administration française qui lui colla ce sous-nom : « dit Georges ».
Pour me prouver qu'il avait des hémorroïdes « tellement rares à notre âge » , il choisit le moment où il y avait le plus de gamins possible amassés devant le réfectoire de la colo, après le repas. Je le regardais faire, ahuri : son anus fouillis de plis rose-brun, deux couilles lisses en dessous – d’hémorroïdes que dalle & des mômes fuyant. Par la suite il montrait son cul sans rien vouloir prouver à qui que ce soit – juste pour qu'on se marre tous les 2 (l'interdit ridicule).
Je l'ai revu furtivement, tout à l'image de notre amitié. L'école avait repris depuis quelques jours. Je revenais du dortoir avec la bande notoirement débile et méchante des internes, direction le collège, sis au cul de l'église gothique de l'évêque. Digeorges et son sourire énorme – soleil orange rasant, pépites de bitume, ardoises flamboyantes – déboula gesticulant sur le porte-bagage d'une mobylette comme une écuyère ivre. Mon prénom dans sa voix vibrait autrement. Je m'échappais de mon triste cortège en courant. Nous nous serrâmes l'un l'autre indifférent au reste du monde. La mob faillit se casser la gueule.

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L'Antiquité n'est pas plus éternelle qu'il n'y a de Folie.

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J'ai vu le visage du jeune peintre suicidé voiler le visage du beau poissonnier.

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Dans les plis des sculptures antiques se perdent nos instincts intacts.

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Pablo Picasso n'a pas fait école.
Ce sont encore les canons morts que l'on trouve jusque dans le petit papier bleu collé.

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Les Intransigeants, les Dada, les Cubistes, les Surréalistes, les Négritos ont été bouffés tout cru au bord de leur belle mort.

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Avorté, je suis.
C'est vivre que je voulais/veux (?).

Modèle/Copie/Reproduction/
Pierres reconstituées sur béton brut.
Masquer, cacher, oblitérer.
Défier la mort.
Être plus que Vivre.

Être 
Vivre