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mercredi 24 décembre 2014

GLÛCK




Au Bar'ouf (Le Mans) vendredi 26 décembre 2014

lundi 27 octobre 2014

Transparence (regard poétique sur la presse)



Assis en terrasse d'un café, le vent et le soleil jouent avec les pages immenses de mon journal.
Le Monde ou Libération.
J'aime l'objet journal, comme une œuvre d'art (à quelques euros, ou jonchant sur le trottoir...) , aux sens multiples, où tous les moyens mis en action invitent à lire le monde.
L'objectif de chaque journal est de rendre compte de l'état du monde au jour le jour. Mission impossible mais tentée quotidiennement avec l’âpreté du combattant. La somme d'informations contenues dans chaque page est pharamineuse (papier, odeurs, typographie, trame, photographies, cartographie, schéma, etc.). Les mises en pages rigoureuses tentent d'ordonner ce charivari informatif.
Le chahut du vent et du soleil révèlent des transparences, comme un pied de nez à la volonté de sortir du chaos de l'actualité.
Le voisinage de surface des informations crée naturellement des collisions : le sens manifeste est ainsi toujours parasité, enrichi, malgré les bornes physiques des maquettes.
Les transparences ajoutent à la confusion et donnent du sens. Le voisinage est aussi dans l'épaisseur du papier journal. Transparence et superposition.
Je reproduis dans l'atelier le jeu du soleil avec le papier. Je plaque les feuilles sur une table lumineuse, appareil numérique vissé à l'orbite. Quelques ajustements (corrections d'exposition, lumière, contraste) se sont imposés parfois.



P.-S. : merci aux employés – sans distinction de fonction – de Libération et du Monde pour la qualité de leur travail, pour les qualités de cette matière première...










vendredi 17 octobre 2014

Notes éparpillées

Madame B. était belle ce matin avec ses 2 bouquets de fleurs HYPERBOLIQUES serrés contre son petit vieux corps.

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Mon petit corps à moi est une centrale électrique qui ne s'inscrit dans aucun développement durable.

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Autour de ses orbites des plis de peau – n'est plus élastique – irisés comme un anus qui chercherait à évacuer une sphère de glaire aux reflets de pierres.

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Dans tes yeux toutes les odeurs de l'humus forestier, en un seul regard.

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DIGEORGES

Nous vivions avec un ennui de même intensité & devînmes bons camarades le temps d'un court séjour dans les volcans d'Auvergne.
Digeorges avait un prénom arabe qu'il trouvait trop compliqué, comme l’administration française qui lui colla ce sous-nom : « dit Georges ».
Pour me prouver qu'il avait des hémorroïdes « tellement rares à notre âge » , il choisit le moment où il y avait le plus de gamins possible amassés devant le réfectoire de la colo, après le repas. Je le regardais faire, ahuri : son anus fouillis de plis rose-brun, deux couilles lisses en dessous – d’hémorroïdes que dalle & des mômes fuyant. Par la suite il montrait son cul sans rien vouloir prouver à qui que ce soit – juste pour qu'on se marre tous les 2 (l'interdit ridicule).
Je l'ai revu furtivement, tout à l'image de notre amitié. L'école avait repris depuis quelques jours. Je revenais du dortoir avec la bande notoirement débile et méchante des internes, direction le collège, sis au cul de l'église gothique de l'évêque. Digeorges et son sourire énorme – soleil orange rasant, pépites de bitume, ardoises flamboyantes – déboula gesticulant sur le porte-bagage d'une mobylette comme une écuyère ivre. Mon prénom dans sa voix vibrait autrement. Je m'échappais de mon triste cortège en courant. Nous nous serrâmes l'un l'autre indifférent au reste du monde. La mob faillit se casser la gueule.

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L'Antiquité n'est pas plus éternelle qu'il n'y a de Folie.

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J'ai vu le visage du jeune peintre suicidé voiler le visage du beau poissonnier.

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Dans les plis des sculptures antiques se perdent nos instincts intacts.

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Pablo Picasso n'a pas fait école.
Ce sont encore les canons morts que l'on trouve jusque dans le petit papier bleu collé.

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Les Intransigeants, les Dada, les Cubistes, les Surréalistes, les Négritos ont été bouffés tout cru au bord de leur belle mort.

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Avorté, je suis.
C'est vivre que je voulais/veux (?).

Modèle/Copie/Reproduction/
Pierres reconstituées sur béton brut.
Masquer, cacher, oblitérer.
Défier la mort.
Être plus que Vivre.

Être 
Vivre

vendredi 19 septembre 2014

Ockeghem / Noël Akchoté



http://www.noelakchote.org/

lundi 8 septembre 2014

Paul Rogers & Cedric Thimon

Free Music à l'Austral (Le Mans)



Longue improvisation. Puissante.
Physique. Matérielle.
Des sons qui se sculptent.
Les photos témoignent d'un temps formidable.
Photos muettes comme des carpes.
Poissons dans l'aquarium.
Bloup.

lundi 14 avril 2014

Hommage à Lou Reed

Lou Reed
1942-2013
Le processus s'est arrêté.
Mes émotions se restituent par l'image.
Il ne s'agit ni d'illustrer ni de publier une quelconque compilation de son œuvre.
Il s'agit de regarder la place qu'a prise Lou Reed et son œuvre dans ma vie.
Jusqu'à y voir plus clair.
Son travail depuis le 27 octobre 2013 me semble tout neuf.
Je cristallise façon Stendhal.
La moindre de mes productions est animée par sa mort.
Rien n'est voulu, déterminé, anticipé.



vendredi 11 avril 2014

5 avril 14, au Mans. Exposition photographique de Ferrante Ferranti



Les souvenirs sont des fictions reformulées – neufs à chacune de leurs apparitions.



Reproductions photographiques de gravures de Piranèse.
Échelle 1 me précise-t-il.
Regardez ces piliers qui font cadre... et cette saillie de pierre : prenez une règle, c'est presque au millimètre près identique à cette photo. Les gens croient parfois que je triche.
Remise en cause de la quête d'originalité, de sa revendication identitaire à corps et à cris...
M. Ferrante Ferranti* sourit : bien sûr, l'art se nourrit de l'art.

Il est plus grand que moi.
Peau halée.
Il ne m'intimide pas. Nous causons dans son exposition.
Au sol moquette rouge ondulante, irrégulière.

Comme vous le savez j'aime le baroque.
Moi aussi, pensé-je.
C'est avec Piranèse que je me suis formé... mon œil et ma main... Je ne me souviens plus de l'auteur du livre que j'achetai en 76**.
C'est vrai ???
Je ne finis pas.

Les gravures de Rembrandt aussi m'ont construites, ses dessins, plus tard sa peinture.
Je ne finis rien.
Ce sont d'anciennes photos – il dit « vieilles » à plusieurs reprises... j'ai l'impression qu'il se rend compte de cette répétition. Comme un bègue qui malgré lui butte sur un mot dont il aimerait se détacher, qu'il aimerait décoller de sa langue malhabile. « Vieilles, enfin... » la voix se fond decrescendo dans la pièce à l'acoustique absorbante.

Sa restitution du baroque est toute de lumière – de matière – transitoire.

J'ai découvert votre travail avec « Le croissant baroque ».
« La perle et le croissant », me reprend-t-il, sans évoquer son ami D. Fernandez (éd. Plon Terre humaine).
Il me montre un pavage en damier... l'ombre et la lumière, fragiles et fugitives, mouvantes – ça va vite...
J'ai pensé : est-ce que vous vous sentez vous-même baroque ? Est-ce que vous pensez que votre œuvre est baroque ?
On se colle l’œil aux images. C'est chouette. C'est tout ce que j'aime.
On parle des noirs, des blancs. Des noirs veloutés, des blancs qui jaunissent, du papier baryté... je pense à l'écrasement du papier chiffon utilisé en gravure, absent ici.
Et vous ?
Moi ?
Je suis plasticien. Peintre, dessinateur... et puis photographe aussi.
Ah ?!!! Et comment travaillez-vous ?
Je me sens maladroit, aux aguets.
Il y a, à la base de mon travail, une introspection. Je crois avoir dit : une forte introspection.
Devant moi, le sol en damier sombre – le cadre est accroché sur un tasseau verticale, à hauteur d’œil, regard perpendiculaire.
Et comment cela se traduit-il ?

Deux types lui apportent du papier et un crayon. Il remercie, enchanté, reconnaissant.
Il me présente les nouveaux venus : c'est lui qui a fait ces ingénieuses structures où sont accrochées les photos.
Il parle de l'éclairage du lieu. Les grosses lampes sont éteintes. Un volet est fermé évitant le désagrément de regarder en contre-jour des petits tirages de ses 6x6. La lumière est douce ; aucune gêne.
Il me présente : monsieur est plasticien.
J'attends que notre conversation reprenne.
Elle ne reprendra pas. Je quitte la salle en le remerciant de sa disponibilité. Nous nous serrons la main.
Je ne peux plus faire demi-tour. Mes jambes me guident dehors. Je ne répondrai pas à sa dernière question.
Une frustration m'aborde, connue, déjà vue, intime.
Je la chasse comme une jolie mouche chatouilleuse.
La frustration révèle un désir croissant en catimini jusqu'alors... que je n'avais pas encore perçu. Désir d'être, de faire, qui explose là – se découvre.

 Au commencement était le verbe. Je fabrique des images silencieuses.
Là ! Çà !
La photographie est une manière de m'approprier le monde en ne dérangeant nullement son ordre – ses ordres. Je prends silencieusement une découpe du réel, discrètement, sans effraction, sans vol. La discrétion de la synecdoque : le détail pour le tout – une plume pour le vole, un poil pour l'animal, un seul mot pour un adieu – pars pro toto.
L'introspection est inhérente à toute activité de création.
Elle permet de se dépouiller des illusions, du beau injurieux, du laid discriminant. Je chemine vers un désert, plate-forme horizontale qui s'éloigne en plans successifs, séquencé d'ombre et de lumière au rythme des vents de sable.
Un ailleurs possible, un autre possible.
L'instantanéité que met en pratique la technique photographique est de l'ordre de l'intuition : cet instant où je suis en accord avec le monde, où ma pensée et mon être sont un. Je me confonds avec le monde.
Je ne finis rien. Le mouvement – la vie – n'impose aucune conclusion.

J'aurai aimé vous dire que vous êtes un être humain rassurant quant à ma nature même d'humain.

Alain Leliepvre
11 avril 14, au Mans


*http://www.ferranteferranti.com/
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**Roseline Bacou - « PIRANÈSE Gravure et dessins » - Édition du Chêne – 1973. Le libraire d'Argentan, M. Hervieux, ronchonnant de me voir tripoter son livre me pria de partir avec. Tu le veux ? tu le prends ? tu reviendras lorsque tu auras de l'argent.
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Photographies faites en sortant de l'exposition de M.Ferranti, ce 5 avril 14.


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